On fait quoi maintenant ?
Je te vois comme un sourire jeté du haut d'un pont, brisé nonchalamment sur un sol poreux et avide de sang. On vit, on meurt, on s'écorche de milles feux pour trouver une raison de laisser sa main dans le brasero. On a pas d'yeux, si ce n'est pour voir sa déchéance, seulement on espère, on se voile le regard d'un mirage sans nom, facétie de bonheur, simulacre d'avenir. Et on marche, alignés à la manière des boyscouts, en rangs serrés, trop serrés. J'étouffe.
Sois mon ami.
T'as pas entendu c'que je viens de dire ? Je suis pas fréquentable, trop... désespéré. J'ai toute les raisons de tracer la route, de voguer au loin dans ces eaux brumeuses que tant affectionnent le temps d'une mort, seulement je reste sur le palier à attendre que la porte se referme, ou qu'une larme me jette sur le seuil. J'voudrais tout arrêter, enclencher le bouton d'urgence une fois pour toute plutôt que de rêver ma fin. J'ai pas les tripes d'assumer un c½ur si lourd, si vivant. Quand j'vous observe, j'vois des cadavres ambulants, sauf que parfois ils ont le désir et la témérité de lever le menton, et de me renvoyer ce regard que je connais si bien, un regard qui me hurle tout ce que l'on puisse espérer de l'humanité. On n'est ni des êtres funestes et délirants, monstres de chairs et de sangs, ni des anges célestes dont les ailes sibyllines agitent l'air pollué de cette Terre. On n'est ni en-dessus, ni en-dessous de la réalité. Pas d'avenir certain, seulement des possibles et des peut-êtres. Rien n'est fixe et pourtant, ce serait si simple...
Tu veux mourir ?
Non ! Je voudrais juste que ce soit plus simple, moins fatiguant. Je suis las de faire la girouette sans pouvoir influer sur la direction du vent, alors soit je me leurre en schématisant tout un stratagème pour rendre les élans frénétiques des courants célestes immobiles, soit je descend de mon toit, et en bon fainéant que je suis, je ne peut me résoudre à faire quoi que ce soit... Et même ce que je te dis là, je voudrais que ça n'ait jamais existé, je voudrais ne l'avoir jamais pensé, car tout ce qui existe dans un esprit est soumis à son jugement impartial, épluché dans les moindres détails pour ensuite donner l'aval à l'organe buccal de mentir sur la valeur réelle de la chose. Heureusement, je peux supporter tout ce charabia de mensonges invétérés, mais seulement lorsqu'il vient de moi.
Tu délire.
Voilà ! Tu vois ce que je veux dire, tant je tente de distiller mes pensées qu'elles en deviennent insipides et vides de sens. D'un côté, c'est peut-être ça qu'on appelle partager ses sentiments, les miens sont si torturés qu'on ne peux les assimiler qu'à une bouillie verbale, salissure sonore. J'aimerais que tout soit beau, tout soit joli, que tout soit mort, qu'on ait enfin la paix. Car la beauté absolue n'existe que dans le Néant, ou bien... Peut-être... Je ne sais pas... Je perds la boule dirait-on.
Tel un vieillard incontinent, t'empêcher de divertir ton entourage de ta présence infecte tu ne peux.
T'en as pas marre de me suivre partout ? Tu n'es qu'une Ombre, silhouette difforme d'un homme tout aussi informe. Si mes dires reflètent ma personnalité, ne suis-je donc que folie absurde ? Conscience méconnue en perdition ? Désespérance confronté à sa trouble réalité ?
Ou alors tu n'es que la consistance que tu te donne, fruit de ton imaginaire. Un homme sorti tout droit de nulle part, de ses songes obscurs, de ses rêveries amères et tendancieuses. En gros tu n'existes pas, si l'on suit ce raisonnement.
Serais-je... réel ? Non, non, bien sûr que je le suis. Je pense donc je suis, c 'est bien connu.
Assurément, tu ne peux qu'exister puisque tu dialogue avec ton reflet mal défini sur la vitre crasseuse de ta chambre d'appartement. N'en as-tu pas marre de ne t'imaginer vivant qu'uniquement au travers de ta personne ? Le monde t'ouvre les bras et toi tu restes là à tâter le bout de ses mains en te demandant si oui ou non ce sont tes doigts qui touchent les siens ou si ce n'est l'inverse. Va, vis et aime, c'est simple, non ? Ne cherche pas de question là où ne t'y attend qu'un tas d'autres interrogations encore insoupçonnées.
Mais putain, as-tu seulement tenté de comprendre ce que je disais ? Cette vie que tu semble si particulièrement affectionner, moi elle me fait gerber, y a rien à en tirer si ce n'est une saumure verdâtre et pestilentielle. Toute cette vie me révulse, et tu crois que je voudrais y plonger corps et âme ?
T'es pitoyable. Pourquoi ne peux tu pas agir selon l'envie du moment sans fioritures d'esprit ?
Parce que la seule chose dont j'ai envie, c'est de fuir ce monde ! Parce que la peur me tient par les couilles et que ma main refuse de me les arracher une fois pour toute !